Affaire Habré: Semaine du 14 au 17 Décembre 2015

temoinsLa Chambre africaine extraordinaire d’Assises a clôt les débats sur l’audition des témoins cette semaine après deux jours d’audience par la comparution de deux parties civiles, les Sieurs Oumar Goudja et Az-Ari Ibrahim Moura mais aussi de M. Raissa Nguénan Katbay, témoin réclamé par la défense et finalement cité à comparaître par le Parquet.

Les témoins Oumar Goudja et Az-Ari Ibrahim Moura sont des Zaghawas de la même ethnie que Hassan Djamouss et Idriss Déby,
initiateurs du Mouvement du 1er Avril qui a fini par renverser le Président Habré. M. Gouja est un riche commerçant qui militait dans le parti Unir du Président Habré. Il a été arrêté, détenu et torturé sans connaître les accusations qui pesaient sur lui. En prison, des agents de
la DDS avaient tenté sans succès de le spolier en lui présentant deux de ses chèques d’un total de 230 millions de Francs CFA pour signature contre la promesse d’une libération. Pendant toute la durée de sa détention, les militaires assiégèrent  sa maison de façon ininterrompue.

Quant à M. Moura, il était à l’époque jeune enseignant de retour du Soudan et était promoteur d’une école dans son village. Il fut arrêté sans explications par l’autorité administrative de sa localité qui l’envoya à Iriba puis à Ndjamena. Il passa 20 mois à la Prison de la présidence de la République dans ce flou total. Ils furent tous les deux délivrés le lendemain de la cavale du Président Hissein Habré.
Le dernier témoin entendu avant la phase des plaidoiries prévue dans quelques semaines, M. Raissa Nguénan Katbay, était le seul attendu
par la défense pour décharger l’accusé. Sa comparution a permis d’éclairer certaines zones d’ombres du dossier car l’homme maîtrise parfaitement l’histoire politique du Tchad mais sa déposition est ambivalente. Il a d’abord déchargé l’ancien Président en expliquant avec des exemples à l’appui qu’il n’était pas entièrement responsable des exactions au Sud qui étaient en grande partie l’œuvre des Codos ralliés et intégrés au FANT du Président Habré. Il a ensuite expliqué et illustré que l’administration d’alors souffrait d’un réel problème de hiérarchie. Il a enfin décrit l’accusé comme un homme méticuleux, grand bosseur et très cultivé. Toutefois, il a chargé le Président Habré en attestant qu’il avait gardé une rancune contre tous les chefs de guerre tchadiens qui s’étaient coalisés contre lui et ajoute qu’il avait mis en place un système d’information qui lui permettait d’être au courant de tout. Enfin, il décèle chez l’accusé un vice commun à tous les autocrates et qui peut être justifie toutes les dérives pour lesquelles le Président Habré est poursuivi en affirmant qu’il ne badinait pas sur les questions qui concernent son fauteuil. A la fin de son audition, l’officier Katbay a confirmé que le Président Déby était bien présent lors des évènements du Sud et que ce dernier l’avait même reconnu sur les ondes de RFI.

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